Jean-Baptiste CAZAUBON et Elisabeth LAVIT

Le chantier du château de Valmirande

[...] "Comme je l'ai dit précédemment, la naissance de notre père à MONTREJEAU dans la Haute-Garonne, est tout simplement due à l'embauche de son père Battistou sur le chantier de maçonnerie du château de Valmirande propriété des barons de Lassus. Pour éviter des déplacements difficiles encore à la fin du siècle précédent, le couple Baptiste et Elisabeth avait loué une bien humble maisonnette en bordure et en contrebas de la route qui conduit de Montréjeau à Lannemezan, sur la gauche, au pied de cette longue côte qui s'élève en ligne droite jusqu'à la lèvre EST du plateau de Lannemezan.

Cette bâtisse existe toujours. Son grand axe est perpendiculaire au tracé de la route. Elle est facilement identifiable, fenêtres orientées vers le soleil levant, construite en rez-de-chaussée selon le plan très traditionnel de l'habitat bigourdan, avec accès médian au couloir central et une pièce de part et d'autre. Une toute petite demeure de transition, où le couple et les deux premiers enfants n' habitèrent que pendant la durée du chantier. A chacun de nos passages à proximité, nous nous ne manquions pas de la saluer, lorsque Papa signalait: "voilà ma maison natale!..." Un rite parmi tant d'autres... De même nous admirions, et il le méritait, le remarquable mur d'enceinte, qui, sur un kilomètre au carré, assure la clôture de la propriété de ce château de Valmirande sur deux mètres de hauteur. Il est donc là depuis plus de cent ans, entièrement construit en galets de Neste et de Garonne, granites et calcaires marmoréens confondus. Notre vieux rêve, encore jamais assouvi, est toujours d'y chaparder, si toutefois nous parvenions à le désceller, un de ces galets poli par les eaux des Pyrénées avant d'être maçonné par les mains et la truelle de notre aïeul....*

A l'achèvement du chantier, la famille revint à Prat, et je n'ai jamais entendu parler d'un autre éloignement pour besoins professionnels. Cependant, les laborieuses économies s'accumulaient. En décembre 1909, elles allaient permettre l'achat, pour la somme de 6.000 francs, de la maison Lapène et de ses dépendances du quartier Mariadé, ainsi que des terres cultivables du Sarrat det Mey et du Sarrat de la Garde, dans le quartier de Coumadiséra au sud du hameau, entre le bourg et la route qui descend vers les villages de Labastide et d'Esparros (actuellement Départementale n° 77 ). Ils devenaient propriétaires terriens!" [...]

Jean-Baptiste, dit "Baptistou"

[...] "Je n'ai aucun souvenir de mon grand père Baptistou, mort en 1930 alors que je n'avais pas trois ans. Pour moi il n'existe que par l'image d'une seule et vieille photographie sous un cerisier en fleurs d'un printemps de Prat. Son humilité de travailleur peu soucieux des apparences y apparaît au grand jour, vêtu de son vieux veston croisé des dimanches, boutonné de guingois pour la circonstance: sans qu'aucun regard féminin n'y ait pris garde, le bouton du haut maladroitement inséré dans la boutonnière du bas!

Sur la pierre tombale de sa sépulture au cimetière de Prat, ses fils, Bernard et François avaient fait graver l'ultime hommage: "Il fut loyal, brave homme et laborieux." Leur engagement "d'hommes de gauche" y imposa l'interdit de tout signe confessionnel.

Elisabeth

Par contre, le souvenir de ma grand-mère Elisabeth reste très présent. A soixante ans c'était déjà une très vieille femme voûtée, maigre, édentée, chaussée en permanence de sabots de châtaignier à lanière de cuir, vêtue de cotonnade noire et coiffée du foulard également noir, noué sous le menton. Il arrivait que devant nous, ses petits enfants, elle détachât ce sombre foulard pour aérer des cheveux blancs très longs et nullement apprêtés. La couleur de ses iris était-elle bleue ou gris vert ? Ses yeux étaient tellement délavés que je ne saurais rien affirmer. Son verbe était à la fois rocailleux et chuintant et elle préférait s'exprimer en patois, ne maîtrisant que laborieusement le français. Elle vivait, en étroite intimité, j'ose dire, avec ses deux vaches, les menant durement aux travaux des champs pour, ensuite les conduire au pâturage, soit sur les communaux du Plateau, vers "la Croix du Poteau" quand le temps le permettait, soit dans la prairie de la « cazalière », autour de la maison "Lapène", quand la fenaison ou la récolte du regain étaient engrangées et que leurs bouses fertiliseraient le sol appauvri. Les incartades des deux vaches restaient sous la surveillance des deux chiennes labrit , la vieille "Bergérougne" et sa fille la jeune "Bergère", intraitables sur la discipline du sentier à suivre et le respect des champs cultivés. Leur seule récompense, c'était la croûte de fromage rassis chichement distribuée. Je n'ai jamais assisté à une quelconque distribution de pâtée ou de soupe en leur faveur: les deux chiennes pourvoyaient seules à leur subsistance et cela dans le plus grand des mystères.Mais je peux affirmer pour l'avoir souvent observé que l'une et l'autre étaient coprophages.

ELISABETH n'était guère mieux lotie. Je ne lui ai connu que deux formes de douceurs: la tranche de fromage de Roquefort dont elle était friande et que ma mère lui rapportait le mercredi au retour du marché de Lannemezan, et le "cornet" de tabac à priser que j'allais lui acheter chez la "Parisienne", l'incertaine épicière-mercière du hameau. Elle transvasait le contenu du cône de papier-kraft dans sa tabatière en corne de boeuf au couvercle bouclé d'un anneau de cuivre. Elle en conservait aux ailes du nez, droit et pincé, une perpétuelle virgule rouillée de poudre de tabac, et cet âcre parfum inséparable des priseurs invétérés." [...]

[Extraits de: "Mémoires", de Pierre Cazaubon]

Commentaires (1)

1. Janick Cazaubon 17/09/2011

C'est avec beaucoup d'émotion que je visite a nouveau "Les enfants de Tite".Il se trouve que je suis depuis peu en contact avec Norma Mabel Cazaubon installé à Tigre.Je suis sur Facebook depuis le début du mois de Juillet.par curiosité j'ai cherché d'autres Cazaubon.J'ai trouvé assez vite Vanina et Norma.
Pour me situer dans la généalogieje descends de Jean-Baptiste Cazaubon,puis de Bernard Cazaubon(Bernatou de Prat)l'instituteur,et suis la fille de Jean Cazaubon(Officier de marine marchande) dit "Jeannot"(pour ne pas confondre avec "Jean de Prat"(un frère cadet de Bernard Cazaubon) ou "Jean d'Alger" (Le frère de Pierre Cazaubon et fils de François Cazaubon.
Avec mes sentiments les meilleurs.

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